LA MÉMOIRE COLLECTIVE DES OUVRIERS HORLOGERS DANS LE JURA BERNOIS

par : Laurence Court

E-mail: laurencecourt@hotmail.com


Suite à des études d'histoire à la faculté de lettres de l'Université de Genève, j'ai décidé de saisir l'occasion de présenter ici le mémoire de licence présenté l'année dernière. Ce document peut être intéressant pour les historiens qui s'intéressent à l'histoire orale, pour les personnes qui s'intéressent à l'horlogerie en général et dans une moindre mesure pour ceux qui ont envie de faire connaissance avec le Jura bernois. Finalement, l'intérêt premier de la "publication électronique" de ce document est de laisser une trace des témoignages que j'ai recueillis au cours de mon enquête, la majorité des personnes qui ont témoigné ici étant malheureusement aujourd'hui décédés.

Au début de cette recherche, le but fixé était de déterminer et de mettre en valeur les composantes de la mémoire collective des ouvriers horlogers du Jura bernois et également de recenser leurs lieux de mémoire. Je me suis lancée dans une enquête orale parce que la démarche me semblait séduisante; d'une part parce qu'un contact direct est établi entre l'enquêteur et les témoins et d'autre part parce que la quête des témoignages oraux avait un caractère un peu audacieux, innovateur pour moi.

Au cours de cette recherche, j'ai été confrontée au problème de la définition de la mémoire collective : ce que j'avais pris dans un premier temps pour des éléments de cette mémoire s'est avéré après réflexion être plutôt des éléments de la mémoire individuelle. Tous les témoignages évoquent la vie quotidienne dans le cadre du travail et de la vie privée, mais je pensais que les récits concernant les événements importants pour le monde ouvrier, tels que la crise des années trente ou les premières vacances payées, allaient concerner la mémoire collective des témoins; or ils se sont avérés être des témoignages de la vie quotidienne durant la crise ou la guerre. Les enquêtés parlaient de leurs propres expériences durant la crise, de leur vie quotidienne en tant que chômeurs, mais ils voyaient cela comme une expérience personnelle plus que collective.

Il en a été de même lorsque j'ai questionné les ouvriers sur des sujets se rapportant au travail et à la lutte syndicale : certaines de mes lectures préparatoires m'avaient fait entretenir l'illusion que les témoins allaient être fortement politisés ou très engagés syndicalement, que leur discours ferait émerger les éléments d'une mémoire collective, commune à tous, comme on peut le constater par exemple dans le cas des militants communistes en France. Or j'ai réalisé avec surprise que le sujet de la lutte ouvrière n'était pas spontanément évoqué par les témoins, bien que ceux-ci aient vécu l'époque de la signature de la convention horlogère de 1937, dite "Paix du Travail". Lorsque j'ai questionné les hommes au sujet du syndicat auquel ils appartenaient tous, la FOMH, j'ai obtenu les mêmes réponses stéréotypées que chez les ouvrières, qui étaient peu à être syndiquées : "On avait de la chance de les avoir, c'est grâce à eux qu'on a eu des vacances, etc.". J'en ai conclu que la "lutte des classes" ne faisait pas partie de la mémoire collective de ces ouvriers, peut-être parce qu'ils étaient inconsciemment prisonniers du mythe de la paix du travail, dû au fait qu'il n'y ait pas eu de confrontations sérieuses dans l'horlogerie depuis la convention de 1937?

Je tiens ici à remercier chaleureusement toutes les personnes qui ont bien voulu contribuer à ce travail en répondant avec bienveillance et avec patience à mes questions, et en laissant un témoignage de leur passé. Sans leur contribution, ma recherche aurait été impossible.

Je remercie également celles et ceux qui m'ont apporté de précieux conseils à un moment ou à un autre de cette recherche, en particulier Monsieur le Professeur Mysyrowicz.


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